Le Pitch

Août 1944 : Chartres vient tout juste d’être libérée de l’Occupation allemande.
Dans la famille Giraud, on est coiffeur de père en fils, et c’est donc Pierre qui a dû reprendre le salon-hommes de son père, mort dans un camp de travail un an plus tôt. Marie, sa mère, héroïne de la Résistance française, s’occupe quant à elle du salon-femmes, mais se charge également de rabattre quelques clientes vers son fils, pour se prêter à une activité tout à fait particulière…
Tout est dans l’ordre des choses, jusqu’à ce que Lise entre dans leur vie.

 

Crédit Photo : Théâtre Rive Gauche

Notre avis 

Quand une larme s’immisce entre rire et sourire , que vous tentez de retenir votre souffle pour ne rompre la magie de l’instant, que votre regard cherche la complicité de votre voisin ou que vos mains n’osent applaudir tant l’émotion est intense…

Pas de doute, inutile de vous couper les cheveux en 4 , vous êtes bien assis dans le salon du ” petit coiffeur” !

Entre La poésie, la sonorité et la lumière de Pagnol, l’élégance d’interludes du “glissé déposé” ou “sifflé n’est pas joué” à la “Fred Astaire “, la profondeur et l’intensité déboulent et vous chamboulent au détour d’un rire, d’un gimmick… la gorge déployée devient sèche, les mâchoires se serrent , le pinceau devient lame rasante, coupante, effleurant , éraflant  certitudes, à priori, concepts, paradigmes.

Que ces personnages sont attachants et ce quintet  diaboliquement efficace !  Singuliers mais incroyablement alignés dans leur rôle et leur humanité, leur vérité ,  délicieusement touchants dans leur sincérité, leur légèreté d’apparat, leur profondeur

Chaque acteur sait trouver sa place, la prendre, la défendre , la céder, ou l’imposer !

Jean sera le cygne du bon moment et la belle note de la partition, la candeur sucrée

Pierre brosse ce flou qui trouble, ces corps nus qu’il déshabille du bout de son pinceau , tond ces têtes “coupables”

Marie, femme passionnée , mère courage et militante de tous les instants,  ne désarme jamais  aime avec un grand A,  ses fils son amant, Lise…

Mademoiselle Berthier nous séduit, nous attendrit, rayonne , voilée de son mystère et son ambivalence

L’Amant de Marie impressionne, intrigue, surprend

Les mots sont justes, parfois âpres et  tranchants, les dialogues ciselés , au cordeau…

La romance devient L’histoire,  douce et violente, les images sont fortes   insoutenables … L’intensité vous surprend, le peigne fin a raison de vos épis rebelles,  le doux coiffage lissant, lustrant devient ébouriffant, les  couleurs virent  subitement, la tondeuse devient faucheuse et tranche dans le vif. La mise en beauté bascule vers l’abîme, devient mis à nu, le futile se fait utile, versatile.

Le moment coiffeur est une bulle bien être, un moment à part dans nos quotidiens ; Le moment que je préfère et que j’attends :  l’instant du massage du cuir chevelu : cet  espace temps rien qu’à vous , pour vous , cet instant où vous êtes à l’écoute de vos sensations, où chaque mouvement appliqué sur votre cuir vous   connecte  à votre corps, votre cœur, le moment du lâcher prise !

Le petit coiffeur réussit là son pari : nous avoir offert un moment de détente et d’émotions profondes  , nous avoir ouvert , l’espace d’une séance, à nos émotions les plus intenses : la joie mais aussi la colère , la tristesse, la violence mais surtout à  l’amour et la tendresse .

Aborder une telle histoire sans verser dans l’hystérie, la démagogie,  le sectarisme, le populisme ou la stigmatisation semblaient exercice impossible et pourtant… Jean-Philippe Daguerre signe à nouveau un très bel ouvrage pour l’écriture et une mise en scène dont il a le secret et où la magie opère !!

On savoure la fluidité des scènes et on se délecte des scènes croisées et des transitions et, bien évidemment, on fait le plein d’émotions, on accueille et on stocke cette déferlante d’amour, amour des mots, des notes, des hommes, des femmes, des acteurs, du spectacle vivant , amour distribué avec joie, profondeur jubilatoire

Oui , c ‘est pour cela que nous venons au théâtre : pour être étreints et pris dans les bras de celles et ceux qui nous accueillent, travaillent pour nous faire vivre ses moments d’exception ! Pour repartir avec le sentiment d’avoir partagé ce petit supplément d’âme qui rend nos matins joyeux et nos soirées plus douces.

Inutile de vous dire combien il est urgent de vous installer dans le fauteuil de ce “Petit Coiffeur” qui pourrait , sans nul doute , être en lice pour le prochain  brushing des Molières 2021…

Note : En  ces temps troublés, où les tensions s’immiscent à l’insu de notre plein gré, ne cédons pas à la colère, mauvaise conseillère, ouvrons nos portes à l’Amour qui nous permettra de surmonter ensemble les épreuves… N’attendons pas que la mort nous trouve du talent, aimons nous vivants ! Tentons de couvrir le feu pour éviter l’embrasement, la paix est une grande chance et nous devons tout faire pour la maintenir, au sein de nos foyers  mais aussi au sein de notre cité !

Que chacun mesure l’importance de mettre en place les gestes barrières au quotidien pour permettre à tous de  relever le défi et apaiser les tensions : mon bonheur dépend du votre, alors prenez soin de vous, vous prendrez ainsi soin de vos proches et je m’engage à faire de même;

Le couvre feu , mesure plus  souvent décrétée lors de la déclaration de la loi martiale ou de l’état de siège , est aujourd’hui appliquée en temps de paix. L’historiographie anglaise suggère que le couvre-feu fut une mesure répressive imposée par Guillaume le Conquérant aux Anglo-Saxons en 1068, probablement dans le but d’empêcher une rébellion et les fréquents incendies des habitations en bois à la suite de feux laissés imprudemment allumés. Cette mesure obligeait ainsi les habitants à couvrir le feu jusqu’à extinction, de 8 heures du soir à 6 heures du matin. Pour le chercheur Lionel Cresswell, l’origine anglo-normande du couvre-feu relève du mythe1 car cette coutume existait depuis longtemps sur tout le territoire français, britannique, espagnol et italien. Le roi des Anglo-Saxons  Alfred Le Grand  aurait ainsi mis en place une cloche de couvre-feu (en) à Oxford  dès le ixe siècle2. ( Source Wikipédia) 

Création !

Une pièce écrite et mise en scène par Jean-Philippe DAGUERRE
Avec
(par ordre alphabétique)
Félix BEAUPERIN
Arnaud DUPONT
Brigitte FAURE
Romain LAGARDE
Charlotte MATZNEFF

Théâtre Rive Gauche : Réservation 

A PARTIR DU 17 OCTOBRE 2020 JUSQU’AU 30 NOVEMBRE 2020 INCLUS
Du jeudi au samedi à 18h30
Matinées les samedis à 16h et les dimanches à 15h

A PARTIR DU 1ER JUSQU’AU 16 DECEMBRE 2020 INCLUS
Du mardi au samedi à 21h
Matinées les dimanches à 15h

NOTE DE L’AUTEUR ET METTEUR EN SCENE

(Crédit photo : Franck HARSCOUET)

J’ai eu envie d’écrire cette pièce à partir du moment où j’ai découvert « La tondue de Chartres », célèbre photo du non moins célèbre photographe Robert Capa, représentant une femme tondue à la Libération dans une rue de Chartres, portant son bébé de trois mois dans les bras. Elle est conspuée par une foule d’hommes, de femmes… et d’enfants.
J’ai donc imaginé l’histoire romanesque du petit coiffeur qui a dû malgré lui tondre cette femme.
A cette occasion, je lui ai créé une famille et une histoire d’amour permettant de relater la vie des hommes et surtout des femmes dans cette période trouble, en essayant de ne pas tomber dans tous les pièges démagogiques qui guettent sans cesse la route de l’auteur qui se risque à arpenter un sujet comme celui-là.
Pour cela, j’ai cherché, avant et malgré tout, à trouver un angle poétique à cette terrible histoire dans laquelle s’invitent parfois des sourires voire des rires, même si pourtant ce sont les larmes et le sang qui coulent le plus le souvent.

Jean-Philippe DAGUERRE

LE MOT DE ERIC-EMMANUEL SCHMITT

(Crédit photo : Pascal Ito)

Jean-Philippe Daguerre a le don de l’empathie. Rien de ce qui est humain ne lui reste étranger. Comme « Adieu Monsieur Haffmann », « Le petit coiffeur » explore une période sombre en saisissant sa complexité sans manichéisme. Des personnages bouleversés et bouleversants, une magnifique figure de femme mûre comme le théâtre en propose rarement, il nous offre avec ce spectacle de belles émotions. »

Eric-Emmanuel SCHMIT

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